Entrevue avec Carolanne Foucher

Pour écouter l’entrevue complète d’une heure avec Carolanne, nous vous invitons à consulter notre balado «Porte-voix» sur Spotify, juste ici.

Antoine:
Hey, comment ça va ce matin?

Carolanne:
Ça va vraiment bien, je suis tellement contente d’avoir une réunion à 11 heures.

Antoine:
Ouais?

Carolanne:
Ben oui, mets-en, je veux pas me lever trop tôt dans la vie donc c’était parfait, je me suis fait des cafés, pis si j’avais eue 20 minutes de plus, j’aurais écouté l’épisode des Chefs d’hier, mais je vais l’écouter en raccrochant.

Antoine:
Hey, mais t’aimes-tu mieux qu’on se rappelle dans 20 minutes pis que t’écoutes ton épisode des Chefs?

Carolanne:
Ben non vraiment pas hahaha

Antoine:
Je suis super content. J’ai pris la peine hier de me renseigner un peu plus sur toi, j’ai lu ton livre, mais toi en tant qu’entité je ne savais pas tant ce que tu faisais d’autres, et j’ai été super surpris, t’es vraiment prolifique, tu fais plein d’affaires c’est vraiment cool!

Carolanne:
Hahaha!

Antoine:
J’ai des questions en rafale juste pour qu’on apprenne à te connaître un peu mieux, je te les pose et tu me dis la première chose qui te passe par la tête. Ça te va?

Carolanne:
Mets-en!

Antoine:
Si je te demande ton autrice préférée, ça serait qui?

Carolanne:
Daphnée B.

Antoine:
Daphnée B, pourquoi?

Carolanne:
Je la trouve vraiment brillante, je la trouve aussi prolifique, non seulement elle a fait de l’essai, elle fait de la poésie, je considère que y’a certaine affaire qu’elle a fait qui sont comme du roman un peu, en tout cas qui se situe vraiment dans le marche pied, son podcast je trouve ça super brillant, ce qu’elle fait là, Choses sérieuses, ça me fascine de l’entendre vulgariser des choses qui sont vues comme soit girlie ou soit pas d’intérêt disons. Et elle parle de ça avec un regard d’universitaire, je la trouve fascinante cette autrice-là, je l’adore.

Antoine:
Si t’avais une œuvre précisément de Daphnée B genre que tu voudrais amener sur une île déserte ça serait laquelle?

Carolanne:
Maquillée.

Antoine:
Ton livre préféré? Ou préféré du moment c’est pas obligé comme d’être intemporel, mais en ce moment le livre qui t’a fait le plus vibrer?

Carolanne:

La vie d’artiste de Catherine Ocelot. C’est une BD!

Antoine:
Pis ça parle de quoi grosso-modo?

Carolanne:
Elle fait des entrevues avec d’autres artistes, elle a comme dessiné les corps avec des jambes, mais en haut c’est comme un peu des corps de poisson. C’est super beau pis c’est elle qui navigue sur des questions super philosophiques comme sur l’art, mais il y a aussi des affaires super concrètes, comme à un moment donné elle est à la piscine avec sa fille. C’est toujours dit avec qui c’est l’entrevue, mais ce n’est pas mis de l’avant. Mettons l’entrevue c’est Micheline, mais à la fin tu vois que c’était Micheline Lanctôt. Micheline Lanctôt, l’entrevue, c’est qu’elle fait des longueurs dans la piscine pis elle dit j’ai encore été refusée pour une subvention, mais y m’auront pas, je lâcherai pas, y m’auront pas. Pis je trouve ça vraiment beau, on se bat tous pour avoir des subventions, mais de dire moi y m’auront pas pis moi mon art existe en dehors de l’argent qu’on me donne je trouve ça beau, je trouve que c’est des supers belles réflexions.

Antoine:
Vraiment. Quand tu dis, juste pour être sûr là, Catherine Ocelot, c’est la même qui à fait paraître il n’y a pas si longtemps Symptômes aussi?

Carolanne:
Oui!

Antoine:
Génial, c’est bon je la replace. Mais mon dieu seigneur, c’est clairement mon prochain achat à la librairie, ça a l’air vraiment intéressant.

Carolanne:
C’est vraiment beau, tu m’en reparleras après. J’ai trouvé aussi que le choix qu’elle a fait de nous sortir de l’humanité un peu, de changer le corps, ça nous déshumanise, tout en restant très attachants, pis c’est très coloré. Je trouve ça splendide, vraiment.

Antoine:
Un film ou une pièce importante ou marquante pour toi?

Carolanne:
Récemment j’ai vu Julie en douze chapitres. J’aime beaucoup le réalisme magique dans le cinéma et le théâtre. Ça m’intéresse dans ma propre pratique aussi. Bref. J’ai trouvé ça vraiment très beau. Sinon. Le film auquel je reviens toujours, dans plusieurs conversations, c’est Eternal sunshine of the spotless mind.

Antoine:
Un livre que t’aurais aimé écrire?

Carolanne:
Incendies de Wadji Mouawad. Le premier livre à m’avoir fait pleurer. C’est vraiment pas mon style d’écriture, mais le côté cathartique de cette œuvre-là m’a vraiment impressionnée.

Antoine:
De manière plus générale, te souviens-tu de ce qui t’a donné le goût d’écrire?

Carolanne:
À 7 ans, ma mère m’a offert mon tout premier journal intime et je n’ai pas cessé d’écrire de journaux depuis. C’est vraiment ancré comme pratique dans ma vie, de noter des choses pour ne pas les oublier. Pis quand j’ai découvert la poésie, pour moi, ça s’est avéré être juste une autre manière de tenir un journal.

Antoine:
Est-ce que c’est fait dans un désir de documenter pour se souvenir plus tard ou c’est une façon d’exprimer de manière créative l’essence d’un moment?

Carolanne:
Ça change avec les années! Au primaire c’était très créatif, je disais bonjour et au revoir à mon journal comme si je parlais au téléphone. Au secondaire c’était surtout des consignations et des histoires de kick, pis là tu vois, aujourd’hui, je le trouve plus beau. Y’a de l’écriture créative, mais aussi beaucoup de mes ressentis, beaucoup plus que des faits. C’est une manière d’entrer en contact avec moi-même. C’est du temps que je m’offre.

Antoine:
Je trouve ça tellement intéressant! On pourrait trouver ça tellement banal l’idée d’un journal intime, mais finalement ça peut tellement être lié à nous d’une manière tellement plus complexe. Pis dans ton cas, je trouve ça vraiment cool de voir qu’il y a comme une évolution du journal et donc de toi-même à travers les âges. À quel moment tu t’es dédié en majorité à la poésie?

Carolanne:
Ça a commencé en secondaire 1. La première fois que j’ai été publié c’est genre la revue de poésie intercollégiale. C’est comme un concours, tu envoies un poème, puis ils font un recueil avec tout ça. Un représentant par cégep. Ça m’avait tellement rendue fière! De recevoir une version publiée avec ton nom dessus, c’était vraiment wow.

Après je participais beaucoup à des concours. Collégial et universitaire. J’ai donc beaucoup accumulé de matériel et j’ai décidé de faire une demande de bourse. Pis je l’ai eu, avec un mentorat. Ça a changé ma vie. Si j’avais pas eu ça, j’aurais jamais eu confiance pour me lancer là-dedans. J’ai pleuré là quand j’ai vu que j’étais accepté. Après je me suis sentie légitime d’écrire de la poésie et de l’envoyer un peu partout.

Antoine:
Tu as une richesse d’expériences, c’est fascinant ta vision sur la littérature en générale. J’ai lu dans mes recherches que tu stockais tes poèmes un Google Drive?

Carolanne:
Oui, j’ai plein de cahiers d’écritures avec des notes et tout, mais ma poésie est sur mon Drive. Surtout Submersible. Tu vois, quand j’ai fini Deux et demi, pendant que j’étais en processus éditorial, j’avais encore envie d’écrire de la poésie, et je me suis dit ce n’est visiblement pas dans Deux et demi que ça s’en va, j’ai donc ouvert un nouveau document, sans titre, et l’anti-travail c’était, quand j’ai envie d’écrire un poème je l’écris, je fais un saut de page, puis après je n’y retourne pas. Comme ça quand j’en écris un autre, je ne me dis pas Oh ça ne fit pas avec celui d’avant. C’est un peu comme au tarot: mettons tu te fais un tirage à trois cartes, ça te présente 3 périodes sans fin précise. Pour moi, c’est comme ça quand j’écris. C’est très instinctif. J’ai juste réalisé, à la frontière entre Deux et demi et Submersible, que j’étais rendue dans une autre période.

Antoine:
Ça prend quand même beaucoup de discipline, j’ai l’impression, d’avoir la force d’écrire pis de pas revenir à la page précédente.

Carolanne:
Je trouve tellement que c’est l’inverse! C’est tellement une grande liberté de ne pas retravailler. De laisser le jet exister avant de retravailler la patente. Dans le fond, mon recueil, c’était comme un long premier jet dans lequel j’ai comme rejoué après ça, mais il y a du travail par après.

Antoine:
C’est une méthodologie vraiment libératrice. C’est vraiment cool.

Qu’est-ce qui t’amène à perdurer l’intérêt de la littérature? C’est un peu une pierre angulaire de ta vie, de t’exprimer au travers du théâtre ou la littérature en générale. Qu’est-ce qui maintient ce désir-là?

Carolanne:
L’adresse à l’autre. Submersible, au plus humble, je me suis dit, je pense que c’est une œuvre qui peut rejoindre d’autres gens que moi. Le lien avec l’art, c’est comme, faut pas que tu le fasses pour les autres, parce que la seule chose que je peux bien créer c’est quelque chose provenant de 100% de moi. Ça prend l’humilité de faire ouais, c’est une œuvre intime que personne va être intéressé, ou je pense que cette œuvre intime peut toucher quelque chose d’universel ou de plus grand. Submersible, c’est un acte de foi, d’écrire une patente de même pis dire je pense que ça peut vous intéresser. C’est un risque. Quand j’ai un goût de publication, ou de théâtre, c’est un désir de partager une réflexion que j’ai pis de la faire porter plus loin. J’aime parler d’art avec les autres. Ça me permet de rentrer en contact de cette manière-là.

Antoine:
Qu’est-ce qui t’inspire, qui t’amène à bâtir ton univers? Ton imaginaire est fait de quoi?

Carolanne:
Je pense que c’est comme une relation à l’autre. Ça, ça m’intéresse vraiment, y’a la solitude, mais y’a un désir de connexion dans ce que j’écris. Y’a de l’humour. Je pense que je m’exprime de manière colorée dans la vie, pis ça se voit dans mes recueils. Quand je parle, je fais rire le monde, je fais pas nécessairement exprès. Dans mon théâtre, y’a du réalisme magique. C’est plus intime dans mes recueils que dans mon théâtre.

Antoine:
T’exploites des choses différentes quand c’est des poèmes pis quand c’est du théâtre?

Carolanne:
Quand tu as une idée, tu la classes dans le médium dans lequel tu penses qu’elle va aller. C’est pas un choix conscient. Et puis quand on voit des adaptations de théâtre au cinéma et vice-versa, faut se demander, qu’est-ce qu’on veut dire, faire de plus avec cette œuvre-là en la changeant de médium?

Antoine:
Ton intérêt pour le théâtre, ça t’es venu d’où?

Carolanne:
De l’impro je pense, mais j’aimais ça faire de la scène quand j’étais petite. Je parle beaucoup. J’avais envie de livrer des choses sur une scène. Finalement c’est pas mal complémentaire, je fais beaucoup de lecture poétique sur scène. Bref, j’ai commencé à faire du théâtre au Cégep, pis j’ai jamais arrêté.

Antoine:
Pour conclure, si je te dis budget illimité, quel projet artistique aimerais-tu créer? Ce qui t’allumerait le plus, mettons.

Carolanne:
Mon dieu j’ai jamais pensé à ça. Pis t’as dit budget illimité, mais honnêtement je pense qu’il faut juste s’entourer des bonnes personnes.

Mais je te dirais, faire du théâtre dans des grandes piscines ou genre sous l’eau. Je sais pas trop comment on pourrait faire ça. Voir des corps en scène dans un décor vraiment pas réaliste. Y’a quelque chose dans les couleurs et les odeurs de la piscine qui me manque beaucoup ces temps-ci. Je pense pas que ça coûte fucking chère. J’ai de quoi avec la piscine que j’ai pas réglé!

Antoine:
C’est une approche vraiment intéressante. J’ai jamais entendu parler de pièce sous l’eau. Pis c’est des endroits vraiment ouverts, c’est vraiment intéressant comme lieu à exploiter.

Carolanne:
Tu le verras dans une piscine près de chez vous! Hahaha

Antoine:
Merci d’avoir pris une heure de ton temps pour discuter de long en large de ton processus pis de ce qui t’allume. Moi en tout cas ça m’a vraiment fasciné pis j’ai vraiment hâte de partager tout ça.

Carolanne:
Merci! Ça s’est tellement aligné facilement tout ça. Ça m’a vraiment fait plaisir!

Photo: Montréal Portrait

Carolanne Foucher

Autrice et dramaturge

Née en 1993, Carolanne Foucher cumule huit journaux intimes, tous non publiés. Forte de deux recueils de poésie (Deux et demie, Submersible) et d’une pièce de théâtre (Manipuler avec soin), Carolanne continue d’utiliser sa formation de comédienne pour injecter une bonne dose de pivots dramatiques et d’humour dans tout ce qu’elle écrit. Elle espère un jour se payer un chalet avec ses droits d’autrice, histoire de faire du ski hors-piste et de la nage en eau libre comme bon lui semble.

Son écriture se classe quelque part entre le naufrage du Titanic et une canette de Lemoncocco bien fraîche, l’été.