Entrevue avec Pascale Bérubé

Nous vous recommandons fortement d’écouter l’entrevue complète réalisée avec Pascale Bérubé, dont l’extrait ci-dessous fait partie. Elle est disponible dans le balado «Porte-voix» sur Spotify, juste ici.

Antoine:
On disait tout à l’heure qu’il y a cette espèce d’idée-là, surtout en littérature, qu’on est comme collé à ce qu’on produit.

Pascale:
Je sais pas si les auteurices ou les gens qui comprennent pas la littérature qui se font une image, ou un peu des deux peut-être, mais y’a une diversité puis, faut qu’elle soit représentée. Je crois que quand je parle aux gens du rapport au corps, j’ai l’impression que les gens sont surpris parce qu’ils s’attendent pas à ce que les auteurices soient nécessairement là-dedans aussi, c’est comme si on avait pas de corps, pas de présence physique, pas de repères, l’image on s’en fout, les gens reviennent beaucoup avec ça, je crois, face aux auteurices.

Antoine:
C’est vrai … pourquoi … c’est space, pourquoi on réfléchit de même.

Pascale:
Je pense que c’est un attrait des lieux communs, se dire, bon les gens qui écrivent écrivent, on a pas besoin de corps vraiment, puis bon, toute la question de ce qui est multidisciplinaire, je sais pas si ça agace les gens, je crois que beaucoup de personnes aimeraient que chaque personne soit dans sa ligne, dans son lane, étant une femme et créatrice qui veut pas rester stagnante. Tout en gardant l’écriture comme médium de base premier, je veux que tout ce que je fais soit teinté de ma production d’écriture, mais je veux aussi qu’il y ait d’autres médiums qui influencent, qui informent ma pratique, justement, pour offrir quelque chose de plus complexe, qui est pas dans le milieu commun, qui est diversifié, protéiforme.

Antoine:
Clairement, je trouve que c’est ce qui fait ta force, tu repars d’une base déjà connue, ouais je suis une auteurice qui écrit, mais est-ce qu’il y a moyen de faire quelque chose, à l’ère de la contemporanéité, de faire des mélanges des médiums, sans nécessairement se définir, sortir de ce carcan du si t’as pas été à l’école pour faire de la photo, tu peux pas te dire photographe. Je trouve ça tellement limitant.

Pascale:
Ouais, pis même du point de vue de l’écriture, je suis pas passée par le courant académique, pis ça encore maintenant, je sens que ça crée probablement une scie entre moi et d’autres gens qui verront pas mon travail avec le même intérêt ou aplomb que le travail d’une personne qui a passé par un courant académique. Comme si ça avait moins de richesse ce que je fais, ou que ça me rendait plus anecdotique, pis pas dans le discours, j’ai souvent parlé de ça, mais par rapport au trash, ah tsé, Pascale peut pas être dans le discours, dans certaines questions, le développement d’un cadre de travail, de recherches, pis j’espère arriver un peu à subvertir, transgresser ça, sans être … tsé y’a des gens qui ont des études, qui ont des intelligences mirifiques … humblement je sais pas si je fais partie de ces gens-là, mais pour une femme pas éduquée, je considère que ce je fais a quand même une qualité intellectuelle le moindrement.

Antoine:
Oui oui, ben je veux dire, c’est pas un secret, je trouve que y’a quelque chose dans ce que tu produis au jour le jour, tant dans ce que tu publies en revue que sur ton compte Facebook, ça finit par se rejoindre, c’est deux espèces de … je veux pas dire entités distinctes, parce que c’est toi aussi, mais c’est deux styles différents, on a des réflexions plus près de toi-même sur les réseaux, et ce que tu as publié en revue, t’as eu le temps de le mijoter un peu plus.

Pascale:
Facebook et Instagram ont comme quelque chose d’intéressant parce qu’il y a un jeu de rapport qui entre en cause tout dépend de comment les gens vont réagir, l’aspect performance aussi, est facile à intégrer, parce que sur les médias sociaux, on a tous plus ou moins des personas pour créer une synthèse de ce que l’on veut projeter comme créateurice, y’a une dimension performative avec ces derniers qui entre en compte, avec le jeu d’échange, pis la réception et l’interaction des gens, le rapport à ce qui est réel ou pas. Souvent les gens disent t’écris vrai, mais les gens ne savent pas vraiment qui je suis. Pis j’écris pas vrai, tout ce que j’écris est quand même curated, y’a beaucoup de travail de mise en scène et tout ça … mais c’est intéressant, parce que les gens pensent qu’ils te connaissent, mais ils te connaissent pas, à moins de te connaître dans la vraie vie. Y’a ce rapport-là d’intimité qui se crée, pis qui fait que les gens se créent une entité de toi qui est pas nécessairement réelle. C’est une simulation de la réalité. Mais c’est pas la réalité.

Antoine:
Et ils le vivent un peu au travers d’une autofiction.

Pascale:
Ouais. Mais c’est pas nécessairement LA réalité. Mais de toute façon, la réalité, je sais pas ce que c’est. Tsé quand les gens disent telle personne est fausse, je me dis, ouais, mais on peut naître fausse, on peut naître un peu factice, mais c’est ta réalité. Y’a quelque chose qui vient me donner des petits courants électriques en moi quand les gens parlent de cette fausseté, ça m’intéresse ce rapport de faux, de vrai, de fabrication d’une réalité qui est seulement virtuelle, parce que le travail d’écriture en lui-même est un travail de magnification si on veut, ou de sublimation du réel, je peux pas atteindre la réalité des êtres sans les connaître, c’est juste une parcelle de ce qu’est la réalité. Je trouve en tout cas.

Pascale Bérubé

Autrice et poète

Pascale Bérubé est autrice et poète. Elle développe depuis quelques années une démarche autour du corps (l’absence de, aussi), de l’intime, du domestique, de l’étrangeté d’être au monde et flottante, de même que sur la sérialité des femmes, l’identité féminine, l’image et la présence virtuelle.