Entrevue avec Alex Viens

Nous vous recommandons fortement d’écouter l’entrevue complète réalisée avec Alex Viens, dont l’extrait ci-dessous fait parti. Elle est disponible dans le balado «Porte-voix» sur Spotify, juste ici.

Claudia:
Tu disais que ton roman relatait beaucoup d’éléments qui se sont réellement passés dans ta vie, comme une espèce d’autofiction. C’est comment d’avoir des gens qui travaillent sur nos traumas? C’est pas des psys là! Hahaha, j’me disais mon dieu que ça doit être particulier ce genre de:

– «regarde, moi, c’est ce que j’ai vécu pis j’ai écris ça comment ça » pis là y’a quelqu’un qui dit: «Ouais, mais je l’écrirais plus de même »

C’était comment ta réception, le travail, comment ça s’est passé?

Alex Viens:
Ça aurait été très différent si ça avait pas été une équipe qui avait compris ce que je voulais dire. Qui était sensible à ce que je voulais dire. Ça aurait été vraiment différent, mais à aucun moment j’ai senti qu’ils remettaient en question l’importance de ce que je voulais dire. Au contraire, il y avait des fois, il disait comme: « tu sais, maintenant on parle de violences conjugales, je pense qu’on devrait faire attention à ne pas minimiser certaines expériences et être plus sensible à ça. Ce regard-là, ça permettait juste, on a tous des angles morts, pis à la gang bien on en avait un peu moins. J’ai jamais senti qu’ils invalidaient mon vécu ou quoi que ce soit Il y a toujours eu la compréhension de leur côté.

Tout le monde était très sensible à ce que j’essayais de dire parce qu’il y a beaucoup de layers dans ce que j’essayais de dire je pense. C’est le syndrome du premier roman. On veut tout pitch et on veut tout encapsuler, tout est «noyautaire».

Claudia:
C’est tellement lourd de sens. Je trouve ça génial qu’il y a une équipe autour de toi qui est restée comment dire ça, de ton bord. Qui voulait justement pas dénaturer ton texte.

Est-ce que tu te souviens, quand tu t’es dit, moi l’écriture, c’est pour moi, j’ai besoin d’écrire dans vie?

Alex Viens:
Heu ouais! Hahaha, oui, je m’en souviens assez bien. C’est mon père qui m’avait montré un enregistrement cassette de la nuit de la poésie. J’ai vu, comment l’écriture pouvait être un événement, une performance, quelque chose de super passionné. Puis c’est drôle quand même, parce que c’est l’écriture, mais comme sous forme orale, pour moi, il y avait quelque chose dedans qui est important comme les dialogues. C’est quelque chose que j’aime beaucoup faire, puis j’ai reçu de beaux compliments par rapport à ça. Mon père, ce n’était pas une personne qui lisait beaucoup, mais je voyais déjà chez lui l’admiration des gens de lettres.

Puis quand on vient d’une famille toxique on cherche tous les moyens de prouver qu’on a de la valeur auprès de nos parents. On est utile puisque c’est quand on peut dire que c’est un fardeau, que tu compliques la vie de tes parents par tous les moyens de te rendre utile. Et puis moi, ma manière de me rendre utile, c’était d’essayer de travailler mon « persona » d’enfant génie. Donc ça, c’est étrange quand même. L’écriture est venue d’un besoin d’impressionner et de me rendre utile.

Photo: Justine Latour

© Le Cheval d’août

Alex Viens

Auteurice

Alex Viens vit à Montréal depuis sa naissance en 1993, et étudie au baccalauréat en cinéma à l’Université de Montréal. Ses mots sont portés à la scène en 2010 à l’occasion du concours d’écriture Les Zurbains, une reconnaissance qui l’encourage à obtenir son DEC en création littéraire du cégep du Vieux Montréal. Sous le pseudonyme de Grand-Mère Grunge, Alex se fait connaître par ses billets de blogue et les vidéos humoristiques de sa chaîne YouTube, abordant l’identité de genre, la pauvreté, la diversité sexuelle et le maquillage dans une perspective féministe et queer. On retrouve entre autres les articles d’Alex dans le journal Métro. Les pénitences est son premier roman.